Guide · Bibliothèque

Importer sa bibliothèque Rekordbox ou Serato sans casser ses crates

Par Jeremy Gerez · Mis à jour le 18 août 2026 · Lecture ~9 min

En bref

Une bibliothèque Serato est un fichier binaire database V2, un export Rekordbox est un XML : tous deux décrivent des chemins de fichiers absolus. Les importer dans un outil tiers est une opération en lecture : crates, cue points et beatgrids ne bougent pas. Ce qui casse, ce sont les chemins périmés et les métadonnées divergentes.

Tu as des milliers de fichiers taggés à la main, des crates construites depuis des années, des cue points posés un par un. Brancher tout ça à un outil externe fait légitimement peur : on ne joue pas avec une collection qui tourne en prestation toutes les semaines. Voici ce que contiennent réellement ces fichiers, ce qui casse à l’import, et comment un rapprochement propre se fait entre la playlist d’un événement et ta bibliothèque locale.

Une bibliothèque Serato, c’est un fichier binaire

Serato ne stocke pas sa collection dans un format lisible. Tout tient dans un fichier nommé database V2, sans extension, rangé dans un dossier caché _Serato_. Attention : il y a un dossier _Serato_ par volume — un dans ton dossier Musique pour le disque interne, un à la racine de chaque disque externe qui contient de la musique. Si ta collection est éclatée sur deux disques, elle est décrite par deux bases distinctes.

Le format est une suite de blocs : quatre octets de tag, une longueur sur 32 bits, puis le contenu. Un bloc vrsn en tête, puis un bloc otrk par morceau. À l’intérieur, les champs qui comptent sont du texte encodé en UTF-16 : pfil pour le chemin du fichier, tsng pour le titre, tart pour l’artiste, talb pour l’album, tbpm et tlen pour le tempo et la durée.

Deux conséquences pratiques. D’abord, Serato ne stocke ni ISRC ni identifiant stable de morceau : le seul point d’accroche fiable reste le couple artiste/titre, complété par la durée et le BPM. Ensuite, les crates ne vivent pas dans cette base : chacune est un fichier .crate séparé dans _Serato_/Subcrates, qui ne contient que des références de chemins. Une crate ne contient pas de musique, elle pointe vers des fichiers.

Un export Rekordbox, c’est un XML — donc un instantané

Côté Rekordbox, on ne lit pas la base interne : on part de l’export XML de la collection, que tu génères depuis le menu Fichier. Le fichier obtenu a une structure simple : une racine DJ_PLAYLISTS, un bloc COLLECTION qui liste tous les morceaux, puis un bloc PLAYLISTS qui décrit l’arborescence de tes playlists en référençant les identifiants de morceaux.

Chaque TRACK porte ses attributs : TrackID, Name, Artist, Album, TotalTime (durée en secondes), AverageBpm et surtout Location, le chemin du fichier écrit sous forme d’URI file://localhost/…. Les morceaux déjà analysés embarquent en plus des sous-blocs TEMPO (beatgrid) et POSITION_MARK (cues et boucles) — les morceaux non analysés sont de simples balises auto-fermantes.

Le piège majeur de ce format : un XML ne se met jamais à jour tout seul. C’est une photo de ta collection au moment où tu as cliqué. Les cent morceaux téléchargés depuis n’y sont pas, et les fichiers que tu as déplacés y figurent encore à leur ancienne adresse.

  Serato Rekordbox
Fichier à fournir _Serato_/database V2 (sans extension) Export XML de la collection
Nature Binaire propriétaire, blocs balisés Texte XML lisible
Identifiant de morceau Aucun TrackID interne
ISRC Absent Non standard, présent selon les versions
Chemin des fichiers Chemin local absolu URI file://localhost/…
Où sont les playlists Fichiers .crate séparés, dans Subcrates Dans le même XML, bloc PLAYLISTS
Fraîcheur Base vivante, à jour tant que Serato tourne Instantané figé à la date de l’export

Ce qui casse réellement à l’import

Dans la quasi-totalité des cas, l’import ne « rate » pas : il révèle un décalage qui existait déjà dans ta collection. Cinq causes couvrent l’essentiel.

1. Les chemins absolus

Les deux formats stockent des chemins complets. Change le nom de ton disque externe, passe d’un Mac à un PC, déplace ton dossier Musique vers un NAS : chaque ligne pointe désormais vers le vide. C’est exactement le même problème que le « fichier introuvable » que tu connais dans ton logiciel de mix, et il se propage à l’identique dans l’outil qui lit ta base.

2. Les fichiers déplacés ou supprimés depuis l’export

Une base décrit un état passé. Les morceaux que tu as effacés lors du dernier grand nettoyage sont toujours listés : ce sont des entrées fantômes, qui matchent parfaitement… avec un fichier qui n’existe plus.

3. Les doublons

Le même titre en MP3 et en WAV, le radio edit à côté de l’extended, un morceau retéléchargé dans un autre dossier. Une bibliothèque de DJ actif en contient toujours. Une playlist d’événement doit être dédoublonnée avant le rapprochement, sinon tu retrouves deux fois le même morceau dans ta crate d’événement.

4. Les métadonnées divergentes

C’est le vrai sujet. Le catalogue en ligne dit Titre (feat. X) - Remastered 2011, ton fichier dit 05 - Artiste - Titre. Les mentions feat., ft., les suffixes d’édition (Radio Edit, Extended Mix, Remastered, Live at…), les numéros de piste collés au titre et les accents font que deux chaînes qui désignent le même morceau ne sont jamais identiques caractère pour caractère.

5. L’encodage et les fichiers tronqués

Un XML mal échappé, un export interrompu, une base copiée pendant que Serato tournait : un parseur sérieux doit s’arrêter proprement sur une longueur incohérente et importer ce qui est lisible plutôt que d’échouer en bloc.

Non, tes crates ne bougent pas

Point important, parce que c’est la crainte numéro un : importer sa collection dans un outil tiers est une opération en lecture seule. Rien n’est écrit dans _Serato_, rien n’est renvoyé dans la collection Rekordbox. Tes crates, tes cue points, tes beatgrids et tes tags restent exactement où ils sont. L’outil se contente d’indexer une copie pour savoir, plus tard, quel fichier local correspond à quel morceau.

Corollaire : réimporter n’ajoute pas de couches. Chaque import remplace l’index de sa source, pour repartir d’un état cohérent — un réimport Rekordbox ne touche pas à ton index Serato, et inversement. C’est ce qui évite qu’un fichier supprimé de ta collection il y a six mois survive indéfiniment dans l’index.

La méthode de matching, passe par passe

Rapprocher une playlist d’événement d’une bibliothèque locale ne se fait pas en une comparaison. La bonne approche empile des passes ordonnées par confiance décroissante : on prend d’abord ce qui est certain, puis on relâche progressivement, en compensant chaque relâchement par une contrainte supplémentaire.

Première étape indispensable : normaliser les chaînes des deux côtés. Minuscules, suppression des accents, retrait des mentions feat. et des suffixes d’édition, suppression de la ponctuation, compression des espaces. On obtient une clé artiste|titre comparable. Ensuite seulement, les passes s’enchaînent.

Passe Critère Garde-fou Confiance
1. ISRC Code ISRC identique Aucun besoin : l’ISRC identifie l’enregistrement Certaine
2. Clé normalisée Artiste + titre normalisés identiques Normalisation stricte des deux côtés Très haute
3. Fuzzy haute Similarité de tokens triés ≥ 92 % Haute
4. Fuzzy moyenne Similarité d’ensembles de tokens ≥ 88 % Écart de durée ≤ 3 s Moyenne
5. Fuzzy basse Similarité d’ensembles de tokens ≥ 80 % Écart de durée ≤ 2 s et BPM à ±1 Basse
6. Suggestion Similarité ≥ 70 % Aucun rapprochement automatique : validation humaine À trancher

La logique est toujours la même : plus le critère textuel est permissif, plus il faut une preuve indépendante — la durée, puis le tempo. C’est ce qui évite de coller ton Extended Mix de sept minutes sur une demande d’invité qui visait la version radio de trois minutes trente. En dessous du seuil d’auto-match, on ne devine pas : on propose une courte liste de candidats et c’est toi qui valides. Un rapprochement faux est plus coûteux qu’un rapprochement manquant.

La checklist avant d’importer

  • Ferme ton logiciel de mix avant de copier la base ou de générer l’XML.
  • Vérifie que le disque qui porte la musique est monté et sous son nom habituel.
  • Côté Serato, repère bien la base du volume concerné — il y en a une par disque.
  • Côté Rekordbox, regénère l’XML au lieu de réutiliser celui de l’an dernier.
  • Passe un nettoyage des entrées mortes dans ton logiciel avant l’export.
  • Vérifie l’ordre de grandeur : un fichier de quelques dizaines de méga-octets couvre déjà plusieurs dizaines de milliers de morceaux ; un fichier minuscule sent l’export partiel.
  • Après import, contrôle le nombre de morceaux indexés : c’est le meilleur détecteur d’export incomplet.

Quand réimporter

Trois moments justifient un réimport : après une grosse session d’acquisition, après tout déplacement de disque ou de dossier, et dans la semaine qui précède une date importante. Le reste du temps, un index qui a deux mois fait très bien le travail — il servira surtout à retrouver des classiques que tu possèdes depuis toujours.

Une fois l’index à jour, la boucle se referme : la wishlist des invités devient une liste de fichiers locaux réels, et l’export vers Serato ou Rekordbox arrive dans ton logiciel avec les bons chemins, sans passer par la case « Relocate ». C’est tout l’objet de la page import de bibliothèque et de la page exports Serato & Rekordbox. Et si un terme du vocabulaire technique t’échappe, le glossaire du DJ événementiel le reprend.

Questions fréquentes

Importer sa bibliothèque dans un outil tiers modifie-t-il les crates Serato ?

Non. L’import lit le fichier database V2 ou l’XML exporté et n’écrit rien dans le dossier _Serato_ ni dans la collection Rekordbox. Vos crates, cue points et beatgrids restent intacts : l’outil externe travaille sur une copie indexée.

Où se trouve le fichier database V2 de Serato ?

Dans un dossier caché _Serato_, présent sur chaque volume qui contient de la musique : dans le dossier Musique pour le disque interne, à la racine pour un disque externe. Le fichier n’a pas d’extension, et les crates sont à côté, dans Subcrates.

Pourquoi des morceaux ne sont-ils pas retrouvés dans ma bibliothèque ?

Trois causes dominent : le fichier a été déplacé ou renommé depuis l’export, les métadonnées divergent (mentions feat., Remastered, Extended Mix, numéro de piste dans le titre), ou vous ne possédez pas le morceau. Un rapport des titres non rapprochés permet de trancher avant l’événement.

À quelle fréquence faut-il réimporter sa bibliothèque ?

Un export est un instantané figé. Réimportez après chaque grosse session d’ajout, après un déménagement de disque ou un nettoyage de collection, et systématiquement dans la semaine qui précède une date importante.

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